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Les grandes cultures continuent à bien se développer en Ontario cet été.

Par Pierre-Alain Blais, agronome
info.agricom@atreide.net


Après un départ fulgurant au printemps, les grandes cultures continuent à bien se développer cette année en Ontario.

Le cumulatif des unités thermiques de croissance (UTC) demeure toujours supérieur à la normale, mais la plupart des régions enregistrent des déficits en eau dus aux fortes températures et aux faibles précipitations des dernières semaines.

« Présentement, les rendements s’annoncent très bien. Je ne serais pas prêt à dire que nous connaîtrons une saison record, mais ça été beaucoup plus plaisant pour les agriculteurs de travailler au champ que cela l’a été l’an passé » , a déclaré Gilles Quesnel, spécialiste des grandes cultures au ministère de l’Agriculture de l’Ontario (MAAARO).

« Les récoltes continuent de croître très bien cette année » , a-t-il ajouté. Les dommages occasionnés par l’ozone provenant des polluants atmosphériques se sont manifestés abondamment cet été, sous forme de taches de couleur bronze et de mouchetures brun rougeâtre, surtout dans les cultures de haricots comestibles. Les nouvelles pousses paraissent normales. En raison des fluctuations de température importantes qui ont été enregistrées en juillet, certaines cultures de maïs présentent des symptômes d’insolation sans gravité, soit des plaques blanc argenté sur les feuilles qui sont directement exposées aux rayons du soleil.

Céréales ? bonne récolte en perspective
La récolte des petites céréales de printemps devait commencer vers la fin juillet, début d’août. Elle s’annonce très bien, « pas tant du point de vue des rendements qui ont pu être affectés par les excès de chaleur, mais par la qualité qui promet d’être excellente » , selon l’agronome Quesnel. La récolte de blé d’automne est très avancée dans le sud-ouest de l’Ontario, donnant des rendements moyens, une qualité moyenne et des poids spécifiques élevés, selon les rapports des spécialistes.

Quoique les infections par Fusarium soient présentes dans tous les champs, leur incidence est faible et les niveaux de déoxynivalénol (DON), une vomitoxine produite par ce champignon, seraient acceptables. Le maïs avance bien si l’humidité est adéquate.

L’ensemble de la culture de maïs ontarien se trouvait entre le stade du début de la pollinisation et 10 jours avant l’apparition des panicules, vers la mi-juillet. La grande majorité du maïs dans la province avait besoin d’humidité, en raison des conditions prononcées de déficit en eau qu’a connu la culture en juillet. Les conditions d’humidité de sol seraient déficientes dans certains terrains à texture grossière du Sud-Ouest. Les forts niveaux de rayonnement solaire et le faible taux d’humidité ont soumis la culture à une évaporation considérable.

Dans certains cas, la nuit ne permet pas aux feuilles de maïs de se remettre des symptômes de stress causés par le manque d’humidité. Selon les spécialistes du MAAARO, dans les deux semaines qui précèdent l’apparition des soies, les pertes de rendement dues au stress causé par la sécheresse sont normalement moyennes (de 3 à 4 % par jour). Si des conditions sèches persistent durant la période d’apparition des soies, les estimations de pertes de rendement montent en flèche et peuvent atteindre 8 % par jour de déficit hydrique. Dans les cas graves, l’apparition des soies peut être retardée au-delà de la libération du pollen, réduisant ainsi fortement la pollinisation des grains.

Les cultures qui sont soumises à un niveau de stress faible, qui ont bénéficié d’une levée uniforme, d’un taux d’humidité convenable, d’une bonne lutte contre les mauvaises herbes et d’un apport suffisant d’azote, devraient donner un rendement supérieur à la moyenne, prédisent les spécialistes des sols et cultures du MAAARO.

Les cultures hétérogènes qui comptent beaucoup de plants de maïs ayant un retard de deux feuilles ou plus offriront un rendement final beaucoup moins intéressant.

Répression des ravageurs dans le soya
La plupart des cultures de soya ont maintenant fini de former leur feuillage et sont en fleur. Le temps sec en a considérablement ralenti la croissance. Le manque d’humidité se manifeste surtout dans les sols à texture grossière et sur les collines érodées. À bien des endroits, les mauvaises herbes ont commencé à dépasser du feuillage du soya, de telle sorte que c’est le meilleur moment pour réévaluer la stratégie d’utilisation des herbicides. Il faut observer les plaques d’échappées de mauvaises herbes pour repérer d’éventuels cas de résistance aux herbicides.

Selon les spécialistes, l’apparition de plants résistants d’herbe à poux, d’amarante et de morelle est à craindre dans un nombre grandissant de champs. Un moyen rapide de déceler une résistance consiste à pulvériser à la main les échappées de mauvaises herbes à l’aide d’un herbicide reconnu efficace contre la mauvaise herbe (Pinnacle sur l’amarante, Pursuit sur la morelle, Firstrate sur l’herbe à poux).

Les infestations par le puceron du soya sont très répandues et parfois fortes dans certains zones localisées des champs. Les pucerons contribuent à intensifier les autres stress dans les champs, notamment les stress dus à la sécheresse ou à la présence du nématode à kystes du soya, des pourritures des racines, etc.

Bons rendements dans le foin
La deuxième coupe de fourrage était encore en cours à la mi-juillet. Comme les conditions d’assèchement étaient alors généralement excellentes, la qualité du foin sec de deuxième coupe est supérieure à la moyenne. Des baisses de rendement seraient cependant attribuables au temps très sec.

Au mois d’août, c’est le temps d’envisager les semis d’été de plantes fourragères, surtout sur les sols à texture légère et sableuse. Les spécialistes du MAAARO disent que le secret d’un semis d’été réussi réside dans un semis pratiqué tôt et une certaine dose de chance au niveau de l’humidité. De plus, les semis d’été contenant de la luzerne doivent se faire assez tôt pour que la luzerne puisse accumuler suffisamment de réserves dans ses racines pour survivre à l’hiver.

Voici les dates de semis les plus tardives pour différentes régions de la province: ? Zones de plus de 2900 UTC : faire les semis avant le 15 août; ? Zones de 2500 à 2900 UTC : faire les semis entre le 1er et le 10 août; ? Zones de moins de 2500 UTC : faire les semis avant le 25 juillet.

La préparation du lit de semence est importante, avertissent les spécialistes du MAAARO, car le contact de la semence avec le sol est essentiel à une germination uniforme. La mise à nu des racines par la gelée est plus fréquente dans les semis d’été, de telle sorte qu’il faut éviter les sols plus lourds où la luzerne a déjà souffert de ce problème. On peut trouver plus d’information sur la page Internet du MAAARO intitulée « Semailles d’été de luzerne » : www.gov.on.ca/OMAFRA/french/crops/facts/info_ssalfalfa.htm.

Au pâturage, attention au ballonnement
Selon le MAAARO, les conditions de sécheresse estivale et de ralentissement de la croissance des pâturages pourraient amener les animaux à consommer des plantes toxiques pour eux. Il faut donc faire le dépistage des mauvaises herbes toxiques dans les pâturages. Si l’on craint un empoisonnement, il est conseillé de consulter un vétérinaire. Pour plus d’information, on peut consulter les fiches techniques du MAAARO portant les numéros 89-029, Empoisonnement du bétail par les plantes, ainsi que 89-030 et 89-031, Mauvaises herbes vénéneuses pour le bétail au pâturage. Les pâturages de graminées non consommées devront être fauchés.

Le trèfle blanc pousse vigoureusement.
Si le trèfle pousse trop, des cas de ballonnement sont à craindre. Fournir du foin sec et s’assurer que les animaux ne broutent jamais des pâturages frais lorsqu’ils ont très faim, permet d’éviter les problèmes.

Canola : surveiller la fausse-teigne
Sur le canola, on devra surveiller les conditions météorologiques pour suivre l’évolution de la moisissure blanche et faire le dépistage de la fausse-teigne des crucifères.

Si les cocons de la première génération de fausses-teignes des crucifères sont faciles à dépister, cela indique qu’une deuxième génération volera sous peu. Les larves de la fausse-teigne des crucifères vont du vert pâle au vert jaunâtre, ont la tête brune et mesurent environ 8 mm de long à maturité. Les jeunes larves se nourrissent des tissus internes sur le revers des feuilles où elles creusent de petites galeries. Lorsqu’elles sont en grand nombre, les larves plus vieilles se nourrissent des fleurs et à la surface des jeunes cosses.

Les cosses endommagées ne se remplissent alors pas convenablement. Pour faire le dépistage de la fausse-teigne des crucifères, le MAAARO suggère d’examiner 10 plants en 5 points du champ deux fois par semaine. Arracher délicatement les plants ayant des feuilles perforées comme par des balles et les secouer au-dessus d’un morceau de papier, puis compter les larves.

Le seuil d’intervention est atteint lorsqu’on dénombre de 200 à 300 larves par mètre carré (environ 2-3 larves par plant) au stade du remplissage des grains. La Publication 812 du MAAARO donne les recommandations relatives aux insecticides dans le canola. Elle devrait être bientôt offerte en français sous le titre « Guide de protection des grandes cultures » . Le canola en fleurs est une culture très visitée par les abeilles. Il faudra donc éviter d’appliquer des insecticides pendant la floraison.

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