C’est ce que démontrent plusieurs équipes de chercheurs à travers le monde, qui voient dans la peau de citrouille un matériau naturel et peu coûteux pour dépolluer notre eau.
Là n’est pas leur seule qualité: on prête aussi aux pelures de citrouilles et la leur chaire, de nombreuses autres vertus souvent méconnues.
Tarek Rouissi explique que la citrouille est une véritable mine d’or pour les chercheurs.
Un déchet riche en potentiel
La pelure de citrouille, comme beaucoup de résidus végétaux, contient de la cellulose, de la lignine et divers composés organiques. Ces composants possèdent des groupes chimiques qui peuvent servir de base pour éliminer des molécules polluantes présentes dans l’eau. Cette propriété fait des pelures un excellent absorbant, c’est-à-dire une matière naturelle capable de retenir des contaminants.
« Le principe peut s’appliquer à tout résidu cellulosique agricole ou forestier », explique Tarek Rouissi, professeur et Chaire institutionnelle de l’Institut national de la recherche scientifique, Centre eau terre environnement, basé au Québec. « Au lieu d’utiliser la pelure brute, on la transforme d’abord en un matériau poreux appelé biochar ou charbon activé si on veut obtenir un matériau hautement efficace. Pour cela, les pelures sont séchées, broyées, puis chauffées à haute température en absence d’oxygène -un procédé appelé pyrolyse. C’est une technique très populaire partout dans le monde », dit-il.
Cette étape élimine la matière volatile et laisse un résidu carboné criblé de minuscules pores, parfaits pour piéger les molécules indésirables.
Un filtre performant contre les polluants
Les chercheurs ont testé ces biochars de pelures de citrouille sur différents types de polluants. Une étude publiée dans Water, Air, & Soil Pollution en 2021 a montré que le biochar ainsi obtenu pouvait éliminer jusqu’à 208 milligrammes de bleu de méthylène par gramme de matériau, un colorant souvent présent dans les rejets industriels textiles. D’autres travaux, publiés en 2022 dans Water Practice & Technology, ont démontré qu’un charbon activé à base de pelures pouvait aussi retenir efficacement le colorant rouge Congo, un autre contaminant notoire des eaux usées.
Plus récemment, une équipe a poussé l’expérience plus loin en ciblant les métaux lourds. Dans une étude parue en 2025 dans International Journal of Biological Macromolecules, les scientifiques ont fabriqué un charbon activé à partir de pelures de citrouille. Ce matériau s’est révélé capable de capturer le chrome hexavalent, un métal toxique fréquemment retrouvé dans les effluents de tanneries.
Une idée brillante… à perfectionner
Avant de voir ces filtres de citrouille dans nos stations d’épuration, il reste encore du travail. « Les chercheurs doivent se pencher sur l’analyse du cycle de vie de ces déchets d’agriculture et peut-être mener un projet-pilote à petite échelle », suggère le professeur.
Mais on aurait tort de se limiter à cette seule utilisation, selon lui. D’ailleurs, il décrit la citrouille comme une véritable mine d’or: « La citrouille est riche en éléments nutritifs et constitue un apport très intéressant à la nourriture animale. On peut aussi s’en servir pour produire de la bioénergie à partir des déchets revalorisés; la technologie est simple et existe déjà au Canada. »
Une troisième avenue est le compostage. Or, les températures saisonnières de novembre et décembre ralentissent le processus de décomposition. « On peut contourner ce problème en profitant du temps froid pour conserver la matière et s’en servir au printemps », indique M. Rouissi.
Cette approche illustre parfaitement le concept d’économie circulaire, où chaque déchet devient une ressource. Elle s’inscrit aussi dans une tendance plus large de recherche de solutions vertes pour la dépollution, utilisant des matières premières naturelles comme les coquilles de noix, les tiges de maïs ou les pelures de fruits.
IJL – Réseau.Presse – Agricom