Tyler McCann croit que l’incertitude scientifique menace certaines espèces en voie d’extinction.
« Dans le Sud-Ouest de l’Ontario, il était déterminé que certains types d’activités agricoles avaient un impact sur une espèce d’oiseau rare; or, des recherches récentes ont démontrées que ce qu’on prônait était en fait inexact », rapporte Tyler McCann, dirigeant principal de l’Institut canadien des politiques agroalimentaires.
Incertitude coûteuse
L’organisme vient d’ailleurs d’accoucher d’un rapport intitulé Science, politique et gouvernance pour la conservation de la biodiversité et des espèces en péril dans les paysages agricoles canadiens. L’auteur, Tom Nudds, expose un portrait parfois surprenant de l’état des lieux au chapitre des politiques agricoles et de protection de la biodiversité.
L’incertitude est coûteuse et concerne tout le monde. L’incertitude scientifique concernant le statut des espèces en péril et les menaces qui pèsent sur elles entraîne des retards dans les décisions, des occasions manquées en matière de conservation et des coûts élevés pour les gouvernements, les producteurs et les défenseurs de l’environnement.
« On a tort d’attendre un consensus scientifique pour agir en faveur de la protection d’une espèce. La science évolue et il faut accepter d’ajuster nos perceptions et nos pratiques éventuellement », estime M. McCann.
- Il faut se concentrer sur la cause. L’inscription automatique sur les listes est une solution miracle à un problème complexe. Il est essentiel de discerner les états des espèces en péril et leurs causes, afin d’éviter ou de réduire les coûts d’opportunité.
- Les producteurs sont des partenaires essentiels. Selon le rapport, il est essentiel de libérer la participation des propriétaires fonciers. En répondant aux préoccupations concernant la responsabilité et la protection de la vie privée en échange de l’accès aux terres, il sera possible d’améliorer la collecte de données essentielles à la prise de décisions politiques fiables et solides.
- Une meilleure science commence par une meilleure collaboration. L’étude conclut qu’une approche participative pancanadienne – où les agriculteurs, les détenteurs de savoirs autochtones et les chercheurs conçoivent ensemble des solutions – améliorera l’évaluation des espèces en péril et les efforts de rétablissement.
Autoprotection
Point intéressant: l’étude préconise de créer une protection légale contre l’autoaccusation. Cette mesure permettrait à un agriculteur de communiquer la présence d’une espèce protégée sur son terrain sans craindre d’être limité dans sa pratique ou d’être pénalisé.
« Les agriculteurs sont intéressés à collaborer, le rapport est bien reçu jusqu’à présent et nous avons reçu des questions pour clarifier certains points », explique le directeur. « On souhaite changer les mentalités aussi au niveau politique. Souvent, on met en place une réglementation rigide sans la remettre en question. Ce qu’on demande, c’est que les règles soient comme une photo dans le temps. Il faut des suivis pour voir si l’appui scientifique reste inchangé ou s’il évolue. La seule certitude est qu’il n’y a pas de certitude. Au fur et à mesure que les recherches évoluent, l’approche sur le terrain doit elle aussi s’adapter. »
L’Institut canadien des politiques agroalimentaires souhaite maintenant obtenir du financement pour mettre en place des projets-pilotes basés sur son rapport.