Les femmes prennent une place grandissante dans l’agriculture ontarienne, mais leur travail demeure encore trop souvent invisible, estime Nathalie Nadon, chargée du projet ÉGALES (Égalité des genres des agricultrices pour le leadership, l’équité et la solidarité) à l’Union culturelle des Franco-Ontariennes.
Lors d’un webinaire hébergé fin avril par Financement agricole Canada, Nathalie Nadon et sa directrice Janie Renée Myner ont présenté plusieurs constats tirés des consultations menées depuis deux ans auprès d’une soixantaine d’agricultrices franco-ontariennes. «Souvent, dans les fermes, le travail est non reconnu parce que c’est la femme de l’agriculteur. Pourtant, c’est une agricultrice à part entière», affirme la chargée de projet.
ÉGALES vise à mieux comprendre les obstacles vécus par les femmes en agriculture et à proposer des solutions concrètes. Selon son rapport 2026, les agricultrices francophones vivent une « triple discrimination » liée au genre, à la langue et au modèle agricole dominant. Le document souligne notamment que plusieurs programmes et formulaires agricoles continuent implicitement de présumer un exploitant masculin.
«Quand on veut faire des demandes de subventions ou de financement, souvent les formulaires sont uniquement en anglais. Même trouver certains services professionnels en français demeure difficile dans plusieurs régions», explique Nathalie Nadon.
Nathalie Nadon, chargée du projet ÉGALES.
Collecte de données, mentorat et réseaux sociaux
Cette absence de reconnaissance contribue à maintenir les femmes dans l’ombre, selon Nathalie Nadon. «Certaines répondaient : “Moi je fais juste la comptabilité de la ferme.” Pourtant, c’est une partie hyper importante du travail agricole.»
Le projet ÉGALES recommande notamment d’améliorer la collecte de données afin d’identifier correctement les femmes propriétaires ou copropriétaires d’exploitations agricoles. «Si on ne collecte même pas les données correctement, les femmes restent invisibles», résume Nathalie Nadon.
Au-delà du diagnostic, le projet mise aussi sur le mentorat et la formation. Une plateforme numérique B2B a récemment été créée afin de permettre aux agricultrices d’échanger entre elles et d’accéder à différentes ressources. «Les femmes sont au rendez-vous. Elles veulent comprendre, poser des questions et se soutenir entre elles», constate Nathalie Nadon.
Les réseaux sociaux prennent également une place croissante dans plusieurs entreprises agricoles, particulièrement pour les petites exploitations et les fermes de proximité. «Pour certaines petites fermes, les réseaux sociaux peuvent faire une énorme différence pour rejoindre directement les consommateurs.»
Même si les défis demeurent importants, Nathalie Nadon estime que les mentalités commencent à évoluer. Cet automne, le projet ÉGALES lancera d’ailleurs une campagne intitulée « Les femmes de la terre », qui présentera une série de portraits d’agricultrices franco-ontariennes. «On veut briser le vieux portrait de l’homme avec sa pelle à la ferme et la femme derrière au fourneau avec ses tartes aux pommes. On n’est plus du tout là.»
Pour elle, la prochaine étape passera maintenant par une plus grande présence des femmes dans les lieux décisionnels agricoles. «Il faut que les femmes demandent leur place à table.»